Des peintures au vernis sur papier calque où tourbillonnent d’improbables tuyauteries de non moins chimériques machines, Rodolfo Gallego s’est plongé dans la matière. Pour prolonger l’effet de transparences et d’opacités des œuvres sur papier, il a choisi le plomb, la feuille d’aluminium et le verre.

 

La densité du premier, accrue par ses mystérieux reflets presque mats, a dicté à l’artiste des formes proches de l’obus ou de la brique, qui se multiplient en se dématérialisant par des jeux de miroirs lorsque ces pièces sont associées au verre.

 

La présence envahissante du papier d’alu dans la vie quotidienne a suggéré à l’artiste des pièces monumentales, créées à partir de cette matière domestique qui devient ainsi précieuse et lapidaire. Hérissées contre un mur ou disposées en gerbes au sol, ces sculptures aux allures d’échine ou de forêt coupée déploient une aura presque menaçante. L’utilisation du métal a ramené Rodolfo Gallego à la base même du dessin, au fusain, qui trace sur la feuille des surfaces se retransformant en volumes, refermant ainsi le cercle cohérent de cette série d’œuvres.

 

Nicole Kunz